Journée mondiale de l’environnement : devenons les acteurs de l’écologie positive
05/06/2026
La vague de chaleur qu’a connu l’Hexagone la semaine dernière, si elle est exceptionnelle par son ampleur et sa précocité ne doit pas nous faire oublier que les onze dernières années ont été les années les plus chaudes jamais enregistrées. Alors que nous célébrons, aujourd’hui 5 juin, la Journée mondiale de l’environnement 2026 sous le thème « Les signaux sont clairs. La suite nous appartient. #MaintenantPourLeClimat », les signaux que nous adresse la nature sont de plus en plus évidents, de plus en plus critiques alors que les réponses restent toujours aussi ambigües.
« Il est temps aujourd’hui de sortir de l’écologie punitive pour devenir des acteurs de l’écologie positive, souligne Joël Thiery, président d’Écologie radicale. Il faut toutefois ne pas se bercer de mots. Cette écologie positive ne peut pas, à elle seule, être le remède à l’artificialisation des sols ou réduire les émissions de gaz, mais elle répond à ce que nous attendons tous, urbains et ruraux : un horizon de progrès partagé plutôt qu’un horizon de sacrifice différencié. »
Une partie significative de la population française – paysanne, périurbaine, ouvrière – a vécu les politiques environnementales de ces dix années comme une succession de contraintes sans contreparties. Le mouvement des Gilets Jaunes en 2018 et les mobilisations agricoles de 2024 puis de ce début d’année ont illustré le coût social de politiques qui ne parviennent pas à articuler urgence écologique et justice sociale, comme le montre encore actuellement les discussions autour des ZFE, rythmées par la perte de boussole parlementaire.
Véritable angle mort du débat public français – monopolisé par le choc entre normes et compétitivité -, la biodiversité est l’enjeu le plus urgent auquel notre pays est confronté. La France figure en effet parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées au niveau mondial. Il ne faut pas toutefois perdre espoir. Les études montrent clairement que là où des mesures de protection ont été effectivement mises en place, elles fonctionnent. « La biodiversité se reconstitue quand la pression diminue. Cela démontre que la trajectoire n’est pas fatale, à condition que les moyens soient engagés durablement et à l’échelle. »
L’écologie positive, que nous appelons de nos vœux, n’est pas une écologie d’opposition. Nous souhaitons ainsi que la tension biodiversité- agriculture soit circonscrite. Il est évident que certaines pratiques agricoles – intrants chimiques, drainage, artificialisation des sols – sont des facteurs d’érosion de la biodiversité. Ce n’est pas une raison de condamner les agriculteurs, dont la majorité subit des contraintes économiques qui les ont poussés vers des modèles intensifs. Mais c’est une raison de ne pas confondre défense du monde agricole et défense automatique de toutes les pratiques agricoles. Il convient véritablement non seulement de reconnaître le rôle irremplaçable des agriculteurs dans l’alimentation et l’entretien des paysages mais aussi de rémunérer les services environnementaux qu’ils rendent déjà et également d’accompagner – financièrement et techniquement- la transition de ceux qui doivent faire évoluer leurs pratiques.
« Enfin, penser positivement l’écologie c’est aussi penser aux générations futures », précise Joël Thiery. Les décisions que nous prenons aujourd’hui sur les habitats, les sols et les espèces auront des effets sur des horizons de décennies à siècles. Transmettre un environnement habitable aux générations futures implique trois vecteurs concrets : une éducation à la nature intégrée aux programmes scolaires dès le primaire (c’est le sens du projet des maisons écologiques éducatives que porte le Parti Radical) ; la valorisation et la documentation des savoirs agro-écologiques des agriculteurs et de l’ensemble des ruraux, patrimoine immatériel irremplaçable ; et la protection des paysages vivants (bocages, haies, zones humides) qui portent une mémoire écologique que l’artificialisation pourrait effacer définitivement si nous n’y prêtons pas plus d’attention et de soin très rapidement.