Quelle fiscalité sur les carburants ?
28/09/2026
À la mi-septembre 2026, le SP95-E10 s’affichait à 2,15 €/L en moyenne nationale et le gazole à 2,33 €/L, une hausse liée à la reprise des tensions au Moyen-Orient qui a repoussé le Brent au-delà de 100 USD/baril. Selon la structure du prix, les taxes représentent en 2026 environ 48 % du prix du gazole et 54 % de celui du SP95-E10. Face à cette augmentation sans précédent des prix des carburants, certains partis appellent à la réduction de la fiscalité afin de faire baisser les prix. La fiscalité prélevée sur les carburants repose principalement sur l’accise sur les produits énergétiques et sur la TVA, qui fait déjà l’objet d’allégements ciblés pour les professionnels. La question de son allègement s’inscrit dans celle, plus large, de la situation des finances publiques.
Une fiscalité qui repose sur deux taxes
La fiscalité des carburants repose sur deux taxes : l’accise (ex-TICPE), montant fixe par litre fixé à 69,02 centimes pour l’essence et 60,75 centimes pour le gazole en 2026, et la TVA à 20 %, qui s’applique sur le prix hors taxes augmenté de l’accise (taxe sur la taxe). Ces deux prélèvements représentent ensemble environ la moitié du prix à la pompe. Des majorations régionales et des régimes dérogatoires (Corse, DROM) complètent ce socle national.
Une fiscalité qui prévoit de nombreux ajustements
Cinq catégories bénéficient d’un tarif réduit ou d’un remboursement partiel : le transport routier de marchandises, le transport public de voyageurs, les agriculteurs, le BTP via le GNR, et des secteurs spécifiques. Le coût budgétaire de ces deux principaux dispositifs (TRM et GNR agricole) avoisine chacun 1,3 à 1,4 milliard d’euros par an, des montants restés stables malgré des trajectoires de suppression votées puis systématiquement reportées sous la pression des filières concernées. Le Gouvernement a également mis en place des aides ponctuelles aux ménages modestes « grands rouleurs ».
Un enjeu budgétaire qui appelle à la responsabilité
L’accise rapporte environ 16 à 18 milliards d’euros par an au budget de l’État, complétés par les parts versées aux collectivités territoriales (environ 11 Md€) et à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) pour 1,9 milliard d’euros. La TVA, elle, s’y ajoute et reste sensible aux cours du pétrole. Au total, la fiscalité carburant génère de l’ordre de 35 à 40 milliards d’euros par an, un enjeu budgétaire significatif pour un budget de l’Etat qui affiche un déficit de 150 Md€.
Aussi, compte tenu de la situation très dégradée de nos finances publiques, une diminution de la fiscalité sur les carburants, en premier lieu sur les activités de production (agriculteurs, transport, pêcheurs, infirmiers…) ne peut être envisageable que si une économie équivalente de dépenses est réalisée par ailleurs. Seul le rééquilibrage des finances publiques redonnera à l’Etat le pouvoir de mieux protéger les Français des chocs économiques internationaux.
Enfin, il faut investir massivement dans les alternatives au pétrole comme source énergétique dans les transports, comme l’électrification du parc automobile, l’hydrogène ou le biocarburant. C’est la seule voie à long terme pour atteindre une pleine souveraineté énergétique et notre indépendance géopolitique. Le parc nucléaire français constitue à cet égard une formidable opportunité pour réaliser cet objectif mais qui doit être complété par des infrastructures de distribution et des capacités de production en matière de stockage à la hauteur des besoins.
Jean-Luc Tronco
Secrétaire national Finances publiques