Les blocus lycéens : question d’éducation ou question de société ?
05/10/2026
C’est, au fond, toute la problématique posée par les blocages et les violences de ces derniers jours.
Bien sûr, les lycéens ont pleinement le droit de faire entendre leur voix et de réclamer de meilleures conditions d’étude. Ils passent une part essentielle de leur jeunesse dans les établissements scolaires et il est légitime qu’ils souhaitent y étudier dans de bonnes conditions, dans des locaux adaptés, sûrs et accueillants.
Les Régions ont beaucoup investi dans les lycées, notamment pour leur rénovation et leur sécurisation. Mais nous devons aussi entendre l’impatience des jeunes qui n’ont que faire de travaux annoncés dans cinq ou dix ans : ils ne seront alors plus lycéens.
Leur colère mérite donc d’être écoutée, leurs difficultés prises au sérieux et leurs revendications examinées avec attention. Cela n’empêche pas de regarder certaines d’entre elles avec lucidité.
Améliorer Parcoursup est une nécessité pour rendre les parcours plus lisibles et les procédures plus compréhensibles. Mais sa suppression, à elle seule, ne résoudrait pas le problème du manque de places dans les filières les plus demandées. Les jeunes ont besoin de perspectives et de solutions concrètes, pas simplement d’un changement de dispositif.
De même, les absences d’enseignants sont une préoccupation légitime pour les élèves, dont les apprentissages et les projets peuvent être directement pénalisés. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un enseignement régulier et de qualité. Cela suppose aussi de reconnaître les difficultés rencontrées par les enseignants, qui doivent pouvoir exercer leur métier dans un climat de respect mutuel, avec des règles claires et partagées.
En revanche, lorsqu’on casse, qu’on incendie ou qu’on affronte policiers et pompiers, nous changeons de registre. Une minorité violente, instrumentalisée, souvent extérieure aux établissements, finit alors par confisquer la parole des lycéens.
À ce moment-là, on ne parle plus d’école. On parle de société.
Car l’école ne peut pas tout. Elle peut instruire, accompagner, transmettre, parfois réparer. Mais elle ne peut pas remplacer entièrement ce qui devrait avoir été appris auparavant : le respect des autres, des adultes, des règles et des biens communs.
Donc si c’est encore une question d’éducation, ne révèle-t-elle pas surtout une question de société plus profonde ? Celle des carences éducatives de certaines familles ? De la place prise par les écrans dans la construction des comportements et du rapport aux autres ? D’une difficulté croissante à accepter la frustration, la contrainte ou l’autorité ? De l’instrumentalisation politique de certaines colères ? De fractures sociales et culturelles que nous n’avons pas su réduire ? De familles parfois durablement éloignées des institutions, que notre société n’a pas su suffisamment intégrer et qui, parfois, n’ont pas non plus trouvé leur place en leur sein ?
Autant de questions qui dépassent largement les portes du lycée et auxquelles il serait sans doute trop simple de répondre par la seule question des moyens accordés à l’Éducation nationale.
Dans l’immédiat, pour sortir des blocus et violences actuels, il y a urgence pour le ministre de l’Éducation d’engager le dialogue dans tous les lycées, et pour le ministre de l’Intérieur de rétablir l’ordre.
Alexandra ANDRE, Secrétaire nationale à l’Education et à l’enseignement supérieur du Parti Radical