VOIX RADICALE : ENTRETIEN AVEC ALAIN BERTHEAS
Alain Berthéas est conseiller municipal à Saint-Etienne. Il a été Président de Loire Forez et est actuellement Président de la fédération de la Loire.
1/ Vous avez un long parcours d’élu local, vous avez mis en place puis présidé Loire Forez Agglomération : quelles principales expériences en tirez-vous et de quelle réalisation êtes-vous le plus fier ?
Mon parcours d’élu local a commencé comme conseiller municipal et en cours de mon 1er mandat comme délégué communautaire participant à la création d’une communauté de communes ; très rapidement j’ai pris quelques responsabilités à la fois au niveau de la commune et de la communauté de commune que nous avons fait évoluer sur un 2eme mandat en communauté d’agglomération.
Si la commune demeure un repère de proximité pour nos concitoyens, l’EPCI doit permettre le développement équilibré des territoires ; dans le cas de Loire Forez, territoire riche de ses diversités entre secteurs ruraux, péri-urbains et urbains, entre plaine et montagne, l’expérience m’a démontré que ce n’est pas la géographie qui fonde un territoire mais bien les projets qu’il développe.
Il est donc nécessaire d’identifier les enjeux majeurs pour l’avenir et d’affirmer les priorités à conduire pour garantir le bien-vivre des habitants. Ce travail d’identification trouve son expression dans un projet de territoire qui donne le cadre dans lequel les moyens humains et organisationnels ainsi que les moyens financiers et fiscaux doivent être définis.
Mon engagement au Parti Radical a trouvé tout son sens dans ce mandat de Président d’Intercommunalité, la responsabilité et le travail à réaliser s’appuyant sur deux valeurs très prégnantes dans notre Parti, la solidarité et la mutualisation.
Sur trois mandats, les projets ont été nombreux et les réalisations portées par ces projets ainsi que les évolutions normatives et règlementaires ont rempli le quotidien.
Mais si je dois en distinguer une, sans hésiter c’est l’extension du périmètre de l’intercommunalité au 1er janvier 2017. Cette extension entérinée par la Commission Départementale de Coopération intercommunale au tout début de 2016, posait une question délicate ; comment faire partager à quatre territoires avec leurs différences et leurs particularités des objectifs communs et faire en sorte de répondre à l’ensemble des besoins identifiés dans chaque territoire et trouver une unité de vue sur 89 communes et 120 000 habitants. Avec les trois Présidents des communautés de communes concernées, nous avons choisi une méthode participative pour obtenir un résultat partagé. Nous avons mis en place dix groupes de travail avec les élus en charge des différentes compétences sur chaque communauté, doublés par dix groupes « miroirs » composés par les agents travaillant sur les compétences respectives, un onzième groupe étant en charge de faire la synthèse de tous les travaux.
Un travail très conséquent a été conduit sur l’ensemble de 2016 pour présenter une vision globale et les axes de développement stratégiques de cette communauté ainsi créée, travail validé par une très large majorité des élus.
2/ Vous êtes aujourd’hui conseiller municipal minoritaire à Saint-Etienne et également Président du Parti Radical de la Loire : quels objectifs vous fixez vous pour ces prochains mois ?
Après cette période très riche en expérience et émotions sur le territoire de Loire Forez, j’avais décidé de prendre un peu de recul avec la fonction élective, sans remettre en cause mon engagement politique personnel au Parti Radical dont les valeurs exprimées au fil du temps correspondent à ma vision de la politique et à ma façon de penser.
Saint Etienne est une ville qui a connu ces trois dernières années de grandes difficultés et s’est retrouvée reléguée au niveau national en raison d’une gouvernance déficiente.
Pendant cette période de recul de 6 ans, j’ai constaté une lente mais continue dégradation de l’ambiance politique du pays. Mi 2025, Je me suis risqué à une analyse personnelle, reprenant l’ensemble des raisonnements des experts en analyse politique.
Notre environnement politique n'échappe pas à la surmédiatisation et à un véritable affrontement numérique. La volonté de dépassement des clivages droite-gauche qui sous-entendait le développement d'une pensée complexe apporteuse de solutions s'est perdue et n'est plus audible dans un pays où la défiance et l'émotionnel l'emportent sur la logique rationnelle.
Cette saturation médiatique et le climat brutal qui en découle ne permet plus le débat public. Écouter, formuler une proposition ou une critique n'est plus recevable. Pour être entendu, il faut hurler plus fort que les autres.
Face à cette réalité les partis politiques sont aujourd'hui éclatés, divisés et affaiblis, ils cherchent tous à retrouver de la légitimité vis à vis des citoyens, leurs électeurs.
Tous les blocs politiques sont aujourd'hui très hétérogènes ; le bloc central, dont le Parti Radical est partie intégrante, n'échappe pas à la règle, et doit lui-même se réinventer. La nouvelle gouvernance du Parti sous la Présidence de Nathalie Delattre a débuté un vrai travail de fond et l’université de rentrée qui a eu lieu à Dijon début octobre est un excellent exemple et une source de motivation.
Comme les autres blocs politiques, le parti flotte et cherche à développer sa base électorale dans une ambiance délétère, où les citoyens ne comprennent plus rien. Saint Etienne ne fait pas exception à cette réalité.
Le Parti Radical est une structure politique de dialogue où d'éventuels conflits de pensée peuvent exister ; il a traversé les différentes périodes en gardant ses valeurs et en représentant la politique raisonnable.
Dans notre époque, où la politique ne symbolise plus la raison, il incarne une pensée et une parole qui rassemble, qui engage, même dans le doute que porte toute réflexion ; sans tomber dans le spectacle pitoyable que les partis des extrêmes nous présentent sans réelles solutions aux difficultés du moment.
J’ai donc décidé de ma présenter à nouveau aux élections municipales, avec l’ambition de participer au débat politique local stéphanois et ligérien dans une volonté de grand rassemblement des forces politiques républicaines et démocratiques. Le succès n’a pas été au rendez-vous, c’est simplement le risque de toute élection.
Dans les mois qui viennent nos objectifs sont simples, faire vivre nos idées et nos convictions en nous appuyant sur le nouveau manifeste et travailler à anticiper et comprendre les évolutions sociétales.
3/ Vous avez aussi une longue carrière de dirigeant d’entreprise. Qu’est ce qui vous motive le plus ? Votre parcours professionnel ou votre engagement politique ?
J’ai eu la chance de vivre un double engagement pendant 30 ans, en étant Président d’entreprise et Président d’intercommunalité. Aujourd’hui si je devais recommencer, je ferai exactement la même chose avec l’expérience en plus, qui sans doute m’éviterait quelques difficultés.
La vie d’entreprise est très exigeante, mais on apprend à comprendre les situations, à définir des visions et à décider des actions ; tout cela avec des lois, des règles, des normes dans un environnement de marché mouvant dont on ne maitrise pas toutes les caractéristiques. C’est prenant et passionnant.
Être élu c’est une responsabilité différente que j’ai trouvée très complémentaire à la responsabilité en entreprise, le respect de la loi est essentiel, les règles sont un peu différentes et les normes beaucoup trop nombreuses, mais c’est tout aussi prenant et passionnant.
Personnellement, mon mandat d’élu s’est nourri de ma vie d’entreprise et vice-versa. La principale difficulté a été de gérer un agenda parfois compliqué et de mettre en place des procédures de délégations efficaces fondées sur la confiance et la transparence.
En conclusion, je dirais que mon engagement politique m’a permis de faire évoluer mon regard sur la société dans ses composantes sociales, organisationnelles et environnementales, tout en influençant mes décisions entrepreneuriales.