Le vrai problème, est-ce vraiment Parcoursup ?
22/05/2026
Chaque printemps, c’est le même vertige. Des milliers de lycéens rafraîchissent leur écran, des parents retiennent leur souffle, des familles entières vivent au rythme des réponses qui tombent — ou qui ne tombent pas. Pour beaucoup, Parcoursup est devenu le symbole d’une jeunesse mise sous pression, d’un système opaque, d’une sélection parfois vécue comme brutale. Et pourtant, si nous voulons être honnêtes, la vraie question n’est peut-être pas : faut-il supprimer Parcoursup ?
La vraie question est : que révèle Parcoursup de notre système éducatif ?
Car derrière la plateforme, il y a une réalité bien plus profonde : le manque criant de places dans les filières les plus demandées. Médecine, STAPS, psychologie, écoles sociales, BTS sélectifs, classes préparatoires, IFSI… chaque année, des milliers de jeunes compétents, motivés et capables restent sur le bord du chemin, non pas parce qu’ils seraient “mauvais”, mais parce qu’il n’y a tout simplement pas assez de places.
Et c’est là qu’il faut arrêter l’hypocrisie collective. Parcoursup n’a pas créé la sélection. Il l’a rendue visible.
Avant, l’arbitraire existait déjà : dossiers triés dans l’ombre, files d’attente interminables, tirages au sort absurdes, étudiants abandonnés sans accompagnement. Aujourd’hui, la plateforme concentre toutes les colères parce qu’elle est devenue le visage d’un problème plus vaste : notre incapacité à offrir à chaque jeune une orientation lisible, digne et ambitieuse.
Mais il faut aussi reconnaître une autre vérité : sélectionner n’est pas toujours synonyme d’injustice.
Certaines formations cherchent des profils précis. Certaines filières demandent des prérequis réels.
Former un étudiant, ce n’est pas simplement remplir une salle de classe ; c’est aussi s’assurer que l’élève pourra réussir, s’épanouir et aller au bout de son parcours. Le problème n’est donc pas l’existence d’une orientation.
Le problème, c’est lorsqu’elle devient subie, opaque et vécue comme une condamnation sociale.
4 propositions pour que la réussite étudiante ne soit plus être une loterie sociale.
1. Investir massivement dans les capacités de formation. Ouvrir des places ne suffit pas si l’encadrement pédagogique ne suit pas. Cela implique de recruter des enseignants-chercheurs, de financer des infrastructures, d’augmenter les places dans les filières en tension — médecine, paramédical, travail social — en lien avec les besoins réels des territoires. C’est un choix budgétaire. Il doit être assumé comme tel.
2. Construire une orientation continue, dès le collège. L’orientation ne peut pas commencer en terminale. Elle doit s’inscrire dans un parcours progressif, avec des professionnels formés à cet effet — et non des enseignants surchargés à qui on ajoute cette mission. Des expériences existent, en France et à l’étranger, qui montrent qu’une orientation précoce, déstigmatisée et bien accompagnée réduit les erreurs d’aiguillage et les décrochages.
3.Rendre les algorithmes auditables et les critères publics. Chaque établissement doit publier, de façon compréhensible, les critères effectifs de sélection et leur pondération. Non pas des déclarations de principe, mais des données vérifiables. La confiance dans le système ne peut pas reposer sur la seule bonne foi des institutions.
4.Revaloriser les filières professionnelles et technologiques. Tant que le lycée professionnel sera perçu — et traité budgétairement — comme une voie de relégation, aucune réforme de l’orientation ne sera crédible. Cela implique des investissements pédagogiques réels, une revalorisation des enseignants de ces filières, la promotion du bac professionnel, et un travail de fond sur les représentations sociales. La popularisation des formations professionnelles passera également par une revalorisation des métiers dits manuels et leur rémunération.
« Parce qu’au fond, ce que réclament les jeunes aujourd’hui, ce n’est pas l’absence de règles.
C’est un système plus humain, plus clair, plus juste.
Un système qui accompagne réellement les lycéens dès la seconde.
Qui valorise tous les talents, pas uniquement les dossiers “parfaits”.
Qui cesse de faire croire qu’il existe quelques filières nobles et des voies secondaires.
Qui investit massivement dans l’enseignement supérieur au lieu d’organiser la pénurie.
Aucun algorithme ne pourra compenser un manque de moyens politiques » conclut Alexandra ANDRE, secrétaire nationale Education et enseignement supérieur du Parti Radical.