VOIX RADICALE : ENTRETIEN AVEC NADINE BAUDET

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Entretien avec Nadine Baudet, première adjointe au maire de Quincié-en-Beaujolais

Élue locale depuis plus de 20 ans, adhérente au Parti Radical depuis 2016, qu’est-ce qui vous motive à poursuivre votre engagement notamment dans un contexte d’agressivité et de méfiance accrues envers les élus et dirigeants politiques ?

Après plus de vingt ans d’engagement local, ce qui me motive avant tout est le sentiment d’être utile et d’agir concrètement au service des habitants. L’engagement public est exigeant, mais il est aussi profondément enrichissant sur le plan humain. Il permet d’accompagner des projets, de répondre aux besoins de la population et de contribuer au développement de son territoire.

Il est vrai que le contexte actuel est marqué par une forme de défiance et parfois d’agressivité à l’égard des élus. Toutefois, en milieu rural, cette réalité est souvent moins prégnante. La proximité avec les habitants favorise le dialogue, la compréhension mutuelle et une relation plus directe. On y ressent davantage de reconnaissance pour le travail accompli et pour le temps consacré à l’intérêt général. Cette bienveillance, même si elle n’efface pas les difficultés, constitue une source importante de motivation pour poursuivre cet engagement avec conviction et enthousiasme.

Vous avez des responsabilités locales importantes : première adjointe, responsable des affaires scolaires, de la culture et de la communication, Vice- Présidente de la Communauté de Communes Saône Beaujolais, en charge de la Culture et du Patrimoine. Quelles sont les missions qui vous tiennent les plus à cœur ?

Les missions qui me tiennent le plus à cœur sont sans aucun doute celles liées à la culture, au patrimoine, à l'éducation artistique et culturelle, mais aussi à la communication et à l'accompagnement des grands projets de territoire.

La culture occupe une place essentielle dans mon engagement, car elle touche profondément à l'humain. Elle participe à la construction de chacun, nous aide à comprendre le monde qui nous entoure, ses évolutions, ses richesses comme ses problématiques. C'est un formidable levier d'émancipation individuelle et collective, un facteur de cohésion sociale et d'ouverture aux autres.

Je suis particulièrement attachée à l'égalité entre les femmes et les hommes, et je suis convaincue que cette exigence se construit dès le plus jeune âge. Une éducation artistique et culturelle ambitieuse, pensée sur le temps long et accessible à tous les enfants, permet de développer l'esprit critique, la sensibilité, la confiance en soi et le respect de l'autre. Elle contribue pleinement à former des citoyens éclairés.

J'aime également la dimension stratégique de l'action culturelle. Les projets culturels s'inscrivent dans des temporalités longues : ils dessinent les grandes orientations d'un territoire, fédèrent les acteurs et les habitants autour d'une vision commune, puis prennent progressivement corps. Définir ces lignes directrices, les partager avec la population et voir les projets se concrétiser au fil des années est particulièrement stimulant et constitue une véritable source de motivation pour moi.

En milieu rural, il est essentiel de maintenir une offre culturelle de qualité et de valoriser notre patrimoine, qui participe pleinement à l'identité, à l'attractivité et au dynamisme de notre territoire.

J'apprécie aussi beaucoup l'aspect plus technique de mes responsabilités. Le suivi des opérations de construction ou de réhabilitation, le dialogue avec les architectes, les entreprises et les différents partenaires, ainsi que le suivi des chantiers, sont des dimensions passionnantes. Elles permettent de passer d'une idée à une réalisation concrète, utile aux habitants et porteuse de sens pour les générations futures.

Enfin, la communication est un enjeu majeur pour renforcer le lien de confiance entre les élus et les citoyens. Informer de manière claire, expliquer les projets, rendre compte des actions menées et être à l'écoute des habitants sont des conditions indispensables pour faire vivre une démocratie locale de proximité. 

Vous êtes particulièrement active dans la vie publique, avec votre mandat d’élue et vos fonctions au Parti Radical. Vous soutenez également l’engagement des femmes en politique :  les dernières évolutions législatives sur le statut de l’élu vous semblent-elles suffisantes pour concilier engagement politique avec vie professionnelle et personnelle ? Les mentalités ont-elles suffisamment évolué à votre avis ?

Je suis profondément convaincue que l'égalité entre les femmes et les hommes se construit dès le plus jeune âge, notamment à travers l'éducation, l'éducation artistique et culturelle, mais aussi par l'exemple que nous donnons. Il est important que les jeunes filles puissent voir des femmes, proches, exercer des responsabilités, s'engager dans la vie publique et contribuer aux décisions qui façonnent notre société. Simone Veil est un modèle, mais il est plus difficile de s’identifier à elle qu’à l’élue que l’on croise tous les jours. L'engagement au service des autres s'apprend également très tôt et mérite d'être valorisé.

Les récentes évolutions législatives relatives au statut de l'élu étaient nécessaires. En tant que première adjointe et vice-présidente d'intercommunalité, j'en mesure concrètement les avancées, notamment en matière de reconnaissance de l'engagement et de meilleures conditions d'exercice des mandats. Toutefois, elles demeurent insuffisantes pour lever les freins qui empêchent encore de nombreuses jeunes femmes de s'engager durablement en politique.

Des dispositifs existent, comme la prise en charge des frais de garde d'enfants pour permettre aux élus de participer aux réunions, mais ils restent encore trop peu mobilisés par les collectivités. Pourtant, ces mesures peuvent avoir un impact réel sur la capacité des femmes, souvent encore davantage sollicitées dans la sphère familiale, à exercer des responsabilités publiques.

Je regrette également que le législateur ne soit pas allé plus loin sur la question de la parité, notamment au sein des exécutifs intercommunaux. Alors que la parité s'impose désormais pour toutes les communes, la composition des exécutifs des intercommunalités demeure largement dépendante de la volonté des élus en place. Force est de constater que certaines réticences persistent encore lorsqu'il s'agit de laisser davantage de place aux femmes dans les instances décisionnelles.

À mes yeux, les mentalités ont certes évolué, mais pas suffisamment. Le législateur a une responsabilité pour accompagner ce mouvement. Sans nécessairement imposer une stricte parité, il pourrait au moins fixer des objectifs. La présence des femmes dans les lieux de décision n'est pas seulement une question d'équité ; elle est aussi une richesse pour la qualité du débat public et pour la représentation de l'ensemble de la société.