Communiqué de presse

L’Europe et ses métamorphoses

07/09/2026

Le 29 mai dernier s’éteignait le philosophe Edgar Morin, à l’âge avancé de 105 ans.

Le devenir de notre continent, l’Europe, a tenu, jusqu’à la fin de sa vie, une place importante, qu’en ces temps de désordre et de dérives politiques, il n’est pas inutile de rappeler.

« Longtemps je fus « anti-européen ». Ainsi commence son essai « Penser l’Europe », paru  une première fois en 1987 puis en 1990, qui n’est pas sans rappeler la première phrase de « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust auquel il vouait une grande admiration. Dès les années 1950 il a en effet vécu la construction de l’Europe, d’abord CECA puis CEE avant le traité de Maastricht et l’Union européenne actuelle.

Pour autant, « Penser l’Europe » n’est pas un ouvrage sur la construction européenne mais bien une  réflexion de fond sur le destin de l’Europe culturelle et politique ;  une Europe qui « ne va pas de soi » puisque rien ne la prédestinait à devenir une entité cohérente, encore moins une puissance : sa géographie avec une frontière bien délimitée à l’Ouest et au Sud mais très incertaine à l’Est, n’en fait pas à proprement parler un « continent ». C’est l’histoire qui l’a constituée, mais dans le chaos et sans principe fondateur. C’est, dit Edgar Morin «  une notion incertaine naissant du tohu-bohu, aux frontières vagues, à géométrie variable, subissant des glissements, ruptures, métamorphoses (…) mais qui se définit par ce qui l’organise et produit son originalité ». En l’occurrence, sa réalité historique et européenne a fait que ce continent a été celui du christianisme et de l’humanisme, mais aussi celui de la barbarie, depuis la traite des esclaves jusqu’à la colonisation et aux camps de la mort.

C’est ainsi que le « vouloir-être européen »  est né au lendemain de la deuxième guerre mondiale et des horreurs qui lui sont associées. Réalité culturelle « complexe »  puisque, toujours selon Edgar Morin, la diversité inhérente à l’éclatement de l’Europe en une multitude d’états-nations constitue son « patrimoine » et définit son identité.

L’essai « Penser l’Europe » rédigé avant la chute du mur en 1989 reste imprégné de la menace que faisait  planer l’URSS sur l’Europe, même si dès cette époque il perçoit déjà les prémisses  de l’effondrement du communisme.

Toutefois, il aura fallu attendre  les années 1970 et le choc pétrolier de 1973 pour  que cet anti-européen se convertisse à l’Europe.  Cette nouvelle fragilité de l’Europe lui a en effet fait admettre la nécessité d’un destin commun européen conçu comme le ciment  le plus solide de l’unité européenne et d’une identité perçue  comme pluraliste.

Il voit alors dans la réunification allemande de 1990 une première étape vers l’intégration des pays anciennement sous le joug soviétique dans  ce qu’il désigne alors comme une Europe confédérée (il la souhaite même « fédérative »), intégration que réalisera dans la décennie suivante le grand élargissement de 2004.

Edgar Morin prolongera sa réflexion en 2005  dans son essai « Culture et barbarie Européennes » et en 2014  avec le sénateur Italien Mauro Ceruti, dans « Notre Europe décomposition ou métamorphose » ?

A travers ces différents ouvrages, Edgar Morin pense l’Europe comme « métanationale », c’est-à-dire  comme une communauté politique intégrée qui travaille à construire un nouvel humanisme riche de sa diversité.

A un moment où l’Europe doit faire face à de terribles incertitudes géopolitiques et à la montée de régimes autoritaires  nous pensons à ses mots pour un idéal d’une Europe « oasis de liberté, de vie saine, écologisée, de culture, dans un monde livré aux anciennes et nouvelles barbaries ».

Mais cette métamorphose de l’Europe  ne pourra passer que par l’éducation et la pédagogie …si nous la concevons comme l’ultime refuge des valeurs humanistes.

Monique Boulestin 

Déléguée Nationale

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